Department of Tourism and Culture

Lu Zil Män - le lac Fish - le passé découvert

Traduction française : Bureau des services en français, 2000
Publication de la version française financée par:
L’entente bilatérale Canada-Yukon sur les services en français
Ministère du Conseil exécutif, Yukon
Ministère du Patrimoine canadien, Canada

Dédicace

Le présent livret est dédié aux aînés de la Première nation Kwanlin Dun, qui ont partagé avec nous leurs connaissances de la région avoisinant le lac Fish. Nous espérons que ceci n’est qu’un premier pas vers la transmission écrite de leur histoire entière.

le lac Fish

Introduction

L’histoire de Whitehorse et celle du Yukon ne mentionnent que rarement le lac Fish, situé à seulement 15 kilomètres de la capitale territoriale. Il ne reste que quelques traces d’anciens campements ou de cabanes dans la région et aucun registre des premiers peuplements. Toutefois, des aînés de la Première nation Kwanlin Dun nous ont dit que la région du lac, riche en ressources, constituait une zone très importante dans leurs déplacements annuels. Pendant l’été 1993, des étudiants et des aînés kwanlin dun, accompagnés d’archéologues de la Direction du patrimoine du Yukon, ont entrepris de coucher sur papier l’histoire de la région du lac Fish.

La recherche comprenait deux aspects : l'histoire orale et l’archéologie. Nombre d’aînés interrogés se souviennent d’avoir beaucoup utilisé la région, tant avant qu’après la construction de la route de l’Alaska. Les histoires orales ont fourni le cadre de travail du volet archéologique. Les endroits identifiés comme zones d’approvisionnement ou campements traditionnels utilisés dans le passé récent ont probablement été des sites importants pendant maintes générations et les archéologues ont appris à porter attention aux endroits suggérés par les aînés autochtones.

Les recherches archéologiques et celles portant sur l’histoire orale ont révélé de nouvelles données sur le passé, y compris les cycles d’utilisation des terres et de peuplements s’étendant sur des milliers d’années dans la région du lac Fish. Grâce aux récits des aînés et à l’exploration des anciens sites entourant le lac, une nouvelle vision des modes de vies antérieurs a commencé à se dégager. Un paysage muet, présentant jusqu’alors peu de caractéristiques historiques, est désormais reconnu pour son histoire culturelle à la fois riche et variée.

Historique et objectifs du projet

Le projet archéologique du lac Fish de 1993 était un projet conjoint de la Première nation Kwanlin Dun et de la Direction du patrimoine du Yukon. L’objectif principal du projet était de commencer à mettre par écrit l’histoire de la région du lac Fish, qui était pour les Kwanlin Dun l’une de leurs principales zones d’approvisionnement. Le récit de la vie traditionnelle dans la région du lac Fish présenté dans les pages suivantes nous a été fait par des aînés de la Première nation Kwanlin Dun; le passé plus lointain a été reconstitué à partir de recherches et de fouilles archéologiques. Le projet archéologique du lac Fish a été financé par le Programme d'accès à l'archéologie du ministère des Communications du Canada, avec une aide financière additionnelle du Northern Research Institute du Collège du Yukon, de la Direction du patrimoine du Yukon et de la Première nation Kwanlin Dun.

Les recherches archéologiques et celles portant sur l’histoire orale effectuées durant le projet du lac Fish représentent les premières étapes pour préserver l’histoire et les sites patrimoniaux de la nation Kwanlin Dun. «Il est important que nos jeunes apprennent l’histoire de cette région et que le grand public en soit informé», a dit la chef Lena Johns. La chef Johns a fait remarquer que l’étude de cette région est particulièrement importante, vu sa proximité à la ville de Whitehorse.

Selon Pat Joe, négociatrice en chef pour les revendications territoriales de la Première nation Kwanlin Dun, les résultats des fouilles «ne révèlent pas tout de notre passé, mais constituent toutefois un début, un premier pas vers une meilleure compréhension de notre histoire.»

«Nos enseignants et nos étudiants ont besoin de ce matériel pour se renseigner sur l’histoire de la région», a dit Mme Joe. Elle voit ces fouilles comme une expérience riche de possibilités pour les futurs gestionnaires des terres ancestrales des Kwanlin Dun. «Ce projet ne peut nous apporter que des avantages. La formation reçue par les étudiants pendant le projet du lac Fish leur a montré en quoi consiste la gestion du patrimoine et leur donnera une orientation pour l’avenir».

Des membres de la nation Kwanlin Dun et des archéologues au lac Fish.

Le projet a été réalisé pendant six semaines en juillet et en août 1993. Pat Joe, assistée par Patti-Ann Finlay, était coordonnatrice du projet pour la Première nation Kwanlin Dun; Donna Hagen était recherchiste communautaire et coordonnatrice du projet, avec l’aide de Donna Lindsay Dillman, étudiante en archéologie. Participaient aussi au projet les étudiants et étudiantes Azalea Joe, Henry Taylor et Jerry Taylor. Les aînés qui ont aidé à documenter l’histoire du lac Fish étaient Mme Jessie Scarff, M. Don McKay, Mme Julia Joe, M. John Magundy, M. Louis Irvine, Mme Polly Irvine et Mme Gladys Huebschwerlen. D’autres renseignements concernant les activités et les histoires traditionnelles ont été adaptés à partir de l’information fournie par Catharine McClellan. Ruth Gotthardt a dirigé le volet archéologique du projet, avec l’aide de Greg Hare et de T.J. Hammer (Direction du patrimoine du Yukon). Nous tenons à remercier spécialement la chef Lena Johns pour son soutien et ses encouragements pendant toute la durée du projet.

Occupations traditionnelles et historiques à Lu Zil Män

Mme Jessie Scraff au camp principal à l'extrémité nord du lac Fish, montrant la direction de l'ancienne piste menant aux lacs Bonneville.

Catharine McClellan a été l’une des premières personnes à noter par écrit l’information sur l’histoire traditionnelle des Kwanlin Dun et de leurs voisins en s’appuyant sur son travail dans la région de Whitehorse il y a quelque 40 ans. À cette époque, elle décrit que les terres ancestrales des Kwanlin Dun et celles des Ta’an Kwachan s’étendaient de l’extrémité inférieure du lac Marsh (qui était partagée avec la Première nation Tagish) jusqu’au lac Laberge puis en aval jusqu’à Hootalinqua. L’un de leurs camps de pêche principaux était situé sur les rives de la rivière Takhini, à l’embouchure de la rivière Little, juste à l’ouest de Whitehorse. Le camp s’appelait £u' déy yA£ - ou «berge de poussière blanche» en langue tutchone du Sud. Le campement portait aussi le nom tlingit ye£dA' k'ú (maison du corbeau [?]) en commémoration de l’achat d’une pièce de cuivre martelé par le chef du clan du corbeau auprès des négociants Chilkat. Un deuxième camp de pêche principal était situé juste au-dessous du canyon Miles ('Unilyin). L’emplacement de Whitehorse même était appelé K'wan'dlIn.

De ces camps de pêche au saumon traditionnels, de nombreux sentiers menaient au lac Fish, appelé £u Zil Män en langue tutchone du Sud, d’après le corégone (£u zil) qui frayait ici en automne. À l’époque, le corégone était l’une des ressources alimentaires les plus importantes sur lesquelles les gens de la région pouvaient compter pour assurer leur survie pendant les longs mois d’hiver. Une histoire tagish ancienne raconte que deux poissons géants, un mâle et une femelle, vivaient dans le lac Fish et gardaient le lac plein de poissons en tout temps. L’histoire raconte qu’on peut encore apercevoir ces poissons certains jours d’été chauds et calmes.

Déplacements saisonniers

Dans le cadre de leurs déplacements saisonniers, c’est à la fin de l’été et à l’automne que la plupart des familles se rendaient à leurs campements au lac Fish. Septembre était la période du frai de la truite; Mme Jessie Scarff et sa tante, la regrettée Mme Jenny Laberge, installaient toujours leurs filets de pêche pour la truite à la pointe Fox. En fait, elles appelaient l’endroit le lac Moon - Dis Hini (en langue tlingit – transcription préliminaire), parce qu’elles installaient leurs filets suivant les phases de la lune. Selon Mme Scarff, elles fixaient les filets en bordure de la rive, en ligne droite à partir de la pointe, ou en forme de «L», selon la phase de la lune, et elles étaient certaines de toujours attraper du poisson.

Vue vers le nord-ouest de l'extrémité nord du lac Fish.

Le corégone fraiyait plus tard, en octobre et en novembre. Mme Scarff se souvient que les gens installaient leurs filets pour le corégone au nord de la pointe Fox, autour de l’embouchure des petits ruisseaux qui se jettent dans le lac Fish, et à l’embouchure du ruisseau Fish, à l’extrémité nord du lac. Avant la ruée vers l’or, les seuls types de filets utilisés étaient de petits filets de tendons, mais ceux-ci devenaient rapidement mous et étirés et ne pouvaient être laissés dans l’eau qu’une heure à la fois. Quand le poisson frayait dans des ruisseaux peu profonds, les gens utilisaient souvent des pièges à poissons faits de branches d’épinette et de saule.

L’automne était toujours la meilleure saison pour attraper des spermophiles. Mme Scarff dit que l’extrémité nord du lac Fish était (et reste encore) un bon endroit pour attraper des spermophiles. On trouvait aussi beaucoup de spermophiles à Robinson.

Vue vers le sud-est de l'extrémité sud du lac Fish et la chaîne Côtière.

La chasse à l’orignal, au caribou et au mouflon se pratiquait surtout l’automne, avant et après les montaisons de la truite et du corégone. D’anciens sentiers pédestres sillonnaient la région du lac Fish et menaient aux zones de chasse aux lacs Bonneville, à la vallée de l’Ibex et aux lacs Primrose et Rose (Mud). Avant la construction de la route menant au lac Fish dans les années 1940, les gens se rendaient à leurs terrains de chasse près des lacs Bonneville avec des meutes de chiens et en revenaient en traîneau à chiens. Le caribou, le mouflon et la marmotte se trouvaient en abondance dans les terres en altitude. On chassait l’orignal à l’extrémité sud du lac Fish; selon Don McKay, il y avait tellement d’orignaux, c’était comme des troupeaux de bœufs. C’est là que son père avait construit ses caches de vivres. Sa famille avait l’habitude de chasser et de piéger autour des lacs Jackson, du lac Fish, dans la vallée de l’Ibex, et au sud du lac Fish, jusqu’au lac Primrose, au lac Coal et même jusqu’au lac Lewes et à Robinson.

Vue vers le sud-est montrant les lacs Bonneville.En hiver et au printemps, bien des gens restaient au lac Fish et continuaient à pêcher sur la glace, à chasser l’orignal et le caribou dans les montagnes et à piéger. Le castor et le rat musqué étaient particulièrement abondants au début du printemps aux alentours du lac Fish, du lac Rose, de la vallée de l’Ibex, du lac Johns et de la région Little Takhini. Les lacs Bonneville, surtout le troisième lac, étaient reconnus comme un bon territoire de chasse au castor.

L’ombre arctique frayait au printemps et les meilleurs endroits de pêche se trouvaient aux lacs Bonneville. Mme Scarff a décrit la façon dont on tendait un sac en jute à l’effluent du lac, dans le ruisseau, et on attrapait chaque fois beaucoup de poissons. Don McKay a raconté que sa famille pêchait l’ombre arctique au printemps dans le ruisseau Jackson ainsi qu’au lac Franklin.

Sentiers et camps traditionnels

Croquis cartographique de quelques pistes et campements traditionnels près du lac Fish.

Le camp principal des Kwanlin Dun au lac Fish se trouvait à l’extrémité nord du lac. La plupart des gens campaient dans des tentes ou dans des huttes, mais il reste encore quelques vestiges de vieilles cabanes. De là, des sentiers pédestres menaient vers maintes directions. Bien avant la construction de la route, un sentier facilement praticable reliait le lac à Whitehorse.

Des sentiers conduisaient aussi à d’autres camps situés à l’extrémité sud du lac Fish. John Magundy dit qu’il y avait autrefois un abri, fait d’écorce d’arbres. Une vieille cabane peut encore y être vue de nos jours. Le grand-père de Don McKay avait construit une cabane, appelée Halfway Camp, environ à mi-chemin sur la rive est du lac.

Le sentier pédestre partant de l’extrémité nord du lac Fish jusqu’aux lacs Bonneville menait en bout de ligne à la vieille piste Dalton. Des camps de chasse près des lacs Bonneville étaient utilisés par les familles Shorty, Charlie et Scarff. Autrefois, il y avait aussi des camps au lac Louise (de la famille de Polly Irvine) et au lac Franklin, où le ruisseau se jette dans le lac.

De nombreux camps traditionnels autour du lac Fish ont été inondés quand le barrage a été construit en 1949 et que le niveau de l’eau s’est élevé d’environ un mètre. La construction du barrage sur le lac Fish a changé le système d’écoulement des eaux du lac : autrefois, les eaux s’écoulaient par le ruisseau Jackson et la rivière Ibex dans la rivière Takhini; maintenant, les eaux du lac Fish s’écoulent par le lac Franklin et le lac Louise jusqu’au ruisseau McIntyre et de là jusqu’au fleuve Yukon.

Vers les années 1930, une renardière a été établie à la pointe Fox. Comme ailleurs dans le Yukon, l’industrie des fermes d'élevage d'animaux à fourrure a épuisé les stocks de poissons au lac Fish. À cause de la haute altitude et de la température froide de l’eau, on n’a jamais pu rétablir le peuplement de poissons affaibli par la surpêche. En raison de la faible productivité du lac, on y a interdit la pêche commerciale en 1964. C’est probablement pour cette raison que les gens utilisent le lac de moins en moins depuis les 30 dernières années.

Les familles du lac Fish

Mme Jessie Scarff se souvient du lac Fish comme un lieu de rencontres estivales où les gens pêchaient, chassaient et organisaient des potlatchs. Encore aujourd'hui, de nombreuses familles continuent à pêcher et à chasser autour du lac Fish. Mme Scarff s’est rendue pour la première fois au lac Fish Lake avec sa tante Jenny Laberge en 1949 et elle se souvient que Shorty Austin avait l’habitude de piéger près du lac à l’automne. Les membres de la Première nation Champagne tiraient aussi parti du lac autrefois. Mme Scarff se souvient d’autres familles qui se rendaient au lac, dont les familles Boss, McKay, Irvine, Clethero et Peterson, ainsi que sa tante Margaret et sa sœur de Carcross. Elle se souvient aussi d’une fois où un groupe de femmes, incluant Violet Storer, Amy, Polly, Agnes, Carrie Peterson, Jennie Townsend et Margaret McKay, se sont réunies et ont tanné 18 peaux.

Mme Gladys Huebschwerlen se rappelle que son oncle Jack McIntosh et sa femme Carrie allaient toujours pêcher là; et Randal et Rose Bill vont encore pêcher au lac Fish.

John Magundy, né près de la rivière Magundy, juste après Little Salmon, est venu au lac Fish pour la première fois en 1935. Il se souvient qu’il s’y rendait avec Charlie Smith pour les rencontres estivales et les potlatchs.

Polly et Louis Irvine se souviennent que «Big Lake Jim», de Carcross, avait l’habitude de venir au lac Fish avec sa famille, et aussi David Jackson, qui était le beau-frère de Polly, avec sa famille. Jimmy Jackson allait toujours au lac Jackson, où il tendait ses pièges.

Mme Julia Joe raconte qu’elle avait l’habitude, avec son mari John Joe, d’aller au lac Fish en été. Mme Emma Burns habitait aussi au lac à la même époque.

La famille de Don McKay a toujours piégé et pêché près du lac Fish. Don McKay se souvient d’autres familles qui utilisaient le lac en ce temps-là : les familles Scarff, Irvine et Chamber. Il se souvient que le lac Bonneville était le territoire de chasse des familles Shorty, Charlie et Scarff.

Ces souvenirs et les profils traditionnels d’utilisation des terres au lac Fish ont fourni le point de départ pour l’exploration d’un passé plus reculé. À partir des camps traditionnels signalés par les aînés, les archéologues ont examiné le terrain pour relever d’anciens vestiges d’occupation humaine, tels que des huttes recouvertes de broussaille, des foyers de cuisson et des fragments d’outils en pierre.

L’archéologie de Lstrikeitalic.gif (70 bytes)LU ZIL MÄNFouilles au camp principal, emplacement 2, à l'extrémité nord du lac Fish. Les fouilles sont pratiquées jusqu'au niveau des plages de gravier de l'époque postglaciaire.

Une introduction aux registres archéologiques

La plupart des traces d’occupation ancienne autour du lac Fish consistent en des outils de pierre et des fragments et éclats qui sont les sous-produits de la fabrication d’outils de pierre. Les sols du Yukon sont acides et, par conséquent, l’os, le bois, l’andouiller et les autres matières organiques sont rarement préservés dans le sol pendant plus de quelques centaines d’années. Seuls le charbon de bois et les os brûlés se conservent plus longtemps, quelquefois des milliers d’années, selon les conditions locales d’enfouissement.

Tels des détectives à la recherche d’indices, les archéologues tentent de percer les mystères du passé en s’appuyant sur des indices très limités, comme les outils et les éclats de pierre et, de façon peut-être plus importante, sur l’endroit où les vestiges ont été trouvés. La profondeur d’enfouissement des outils et le lieu où ils sont prélevés peuvent indiquer le moment et la raison de la présence de gens à un endroit particulier. Des vestiges de vieux feux de camp peuvent aussi permettre la datation précise des sites archéologiques par le radiocarbone.

Dans le sud du Yukon, les archéologues reconnaissent quatre grandes traditions «technologiques» ou de fabrication d’outils, s’étendant sur une période allant de la fin de la dernière époque glaciaire jusqu’à nos temps historiques. Les archéologues définissent ces traditions en s’appuyant sur les différences dans les types d’outils de pierre qui composaient les trousses d'outils des gens, et sur la façon dont les outils étaient fabriqués.

Les premiers habitants : la tradition de la Cordillère septentrionale

On appelle «tradition de la Cordillère septentrionale» la plus ancienne trace d’occupation humaine dans le sud du Yukon à la fin de la dernière époque glaciaire, il y a entre 8 000 et 10 000 ans. Le nom provient des chaînes de montagnes dans le nord du Yukon, où l’on a d’abord découvert des outils de cette tradition. Typiquement, les outils de la tradition de la Cordillère septentrionale incluent de larges pointes lancéolées à la base arrondie, des outils sur lame (éclats allongés à côtés parallèles) et de larges burins (outils à écorcer et à rogner, probablement utilisés pour travailler le bois et l’andouiller). Les traces laissées par ces premiers habitants dans le sud du Yukon sont en fait très vagues et, avant les recherches effectuées au lac Fish, n’avaient été repérées qu’au site Canyon, sur la rivière Aishihik, et au lac Annie.

La tradition des microlames du Nord-Ouest

Il y a entre 5 000 et 8 000 ans, la technologie des «microlames» était courante dans le sud du Yukon. Comme le nom l’indique, les microlames sont des lames en pierre très petites et étroites, d’environ 4 à 6 cm de long et environ 1 cm de large. Les microlames étaient utilisées comme éléments dans les outils composites, c’est-à-dire des outils faits d’andouiller ou d’os où les petites microlames étaient enchâssées dans une rainure pour former la lame de coupe ou de perçage de l’outil. À l’instar des lames de rasoirs jetables, les microlames pouvaient être enlevées et remplacées lorsque l’arête devenait émoussée. La technologie inclut d’autres outils comme des pointes de lance en pierre retouchée et éclatée, des grattoirs et des burins. Les archéologues appellent cette technologie la tradition des microlames du Nord-Ouest ou, dans le sud-ouest du Yukon, la phase Little Arm.

La tradition archaïque nordique

Il y a environ 5 000 ans, le style des outils de pierre changea encore une fois. L’outil le plus représentatif de la tradition archaïque nordique est la «pointe de lance à encoches», quoique d’autres pointes pédonculées, lancéolées ou foliacées étaient aussi communes. Les grattoirs sur bout étaient aussi très communs. Ces outils étaient des éclats de pierre taillés ou retouchés à une extrémité et étaient utilisés pour préparer les peaux ou pour travailler le bois ou l’andouiller. Et paraissant pour la première fois dans la trousse d’outils de cette époque, des poids de filet en pierre à encoches fournissent la première évidence de la pratique de la pêche dans le passé lointain. Dans le sud-ouest du Yukon, la tradition archaïque nordique est aussi appelée la phase du lac Taye.

La période préhistorique tardive

Il y a environ 1 500 ans, l’arc et la flèche s’ajoutent à la trousse d’outils des habitants du Yukon et, pour la première fois, les gens commencent à fabriquer des petites pointes de flèche en pierre de forme pédonculée et à encoches. S’ajoutent aussi à la technologie de l’époque des outils et des ornements faits de cuivre natif, obtenu sous forme de petites pépites provenant des sources du cours supérieur de la rivière White. Malgré ces innovations, nous constatons chez les peuples historiques du sud du Yukon la forte continuité de la technologie et du profil d’utilisation des terres de la tradition archaïque nordique, d’il y a environ 5 000 ans.

Un milieu en évolution

Les changements constatés dans la technologie de fabrication des outils en pierre reflètent partiellement la façon dont les gens se sont adaptés à l’évolution du milieu depuis la dernière époque glaciaire. Pendant la période suivant immédiatement la déglaciation, les forêts ne sont réapparues que graduellement et les animaux vivant en mileu découvert, comme le caribou et le bison, étaient le principal gibier chassé à l’époque. Le poisson n’était probablement pas une ressource importante jusqu’à il y a 5 000 à 6 000 ans. Le retour des poissons dans les lacs et les cours d’eau du sud du Yukon ne s’est produit qu’après que les dépôts d'alluvions et de sédiments des glaciers en fonte n’aient été transportés par les cours d’eau.

La stabilité que nous remarquons dans la technologie et l’utilisation des terres à partir d’il y a 5 000 ans laisse à supposer qu’à cette époque le milieu s’était rétabli des effets de la glaciation et qu’il était très semblable au milieu actuel. Les peuples du Yukon avaient adopté un mode de vie spécialisé fondé sur la chasse et la pêche dans les forêts nordiques, soit le même modèle d'activité observé pendant les temps traditionnels. Toutefois, il importe de noter que, bien que le caribou et l’orignal étaient probablement les gros gibiers les plus importants, il semble maintenant que le bison a continué à vivre à certains endroits du Yukon aussi tard qu’il y a quelques centaines d’années.

Les sites archéologiques de Lstrikeitalic.gif (70 bytes)u Zil Män

Sites archéologiques dans la région du lac Fish.

Les sites à l’extrémité nord du lac Fish

Puisque les aînés kwanlin dun ont indiqué que leur camp principal se trouvait à l’extrémité nord du lac Fish, c’est là que nous avons commencé notre étude archéologique. Trois grands sites archéologiques sont enfouis le long de la rive à l’extrémité nord du lac, de chaque côté du ruisseau Fish. Des milliers d’éclats et de fragments et de nombreux outils de pierre ont été découverts pratiquement partout ici et, même à première vue, les types d’outils présents à l’effluent du lac révèlent une longue histoire d’occupation humaine, s’étalant sur nombre de siècles.

Henry Taylor supervise des jeunes visiteurs kwanlin dun pendant la «Journée des enfants» au lac Fish, au site de l'ancien campement à l'est du ruisseau Fish.Le camp ouest

Bien que nous n’ayons examiné que brièvement la rive ouest du ruisseau Fish, nous avons vu des éclats et des fragments provenant d’anciens campements et s’étalant sur une large surface, à partir d’une petite colline sur la rive jusqu’à une certaine distance du lac, où des camps de pêche plus récents ont été établis par les Kwanlin Dun. C’est ici que commencent les anciens sentiers pédestres menant aux lacs Bonneville; de nos jours, une piste équestre mène au troisième lac Bonneville, qui se trouve le plus au nord. Malheureusement, des sections du site ont été endommagées par la construction de la route sur le côté ouest du lac.

Le camp à l’est du ruisseau Fish

Sur la rive est du ruisseau Fish se trouve une large colline peu élevée, qui était le site d’un deuxième camp important. Ce site ancien fut presque entièrement détruit lors de la construction de la route jusqu’à la rampe de mise à l’eau au lac Fish. Toutefois, un grand nombre d’éclats et d’outils de pierre ont été trouvés sur les bords de la route ou exposés sur le sol là où l’herbe avait été enlevée, ce qui indique que ce site était autrefois un camp important. Des traces d’anciens foyers ou de feux de camp étaient aussi visibles au sol. De petites fouilles exploratoires ont été effectuées sur la pente intacte du côté est de la colline pour tenter de découvrir si des objets façonnés étaient encore enfouis dans le sol, ce qui pourrait indiquer la période d’occupation du site. Bien que les fouilles exploratoires n’aient pas été très révélatrices, nous avons trouvé quelques artefacts à divers niveaux sous la surface, ce qui indique que le site a été utilisé à plusieurs reprises pendant des milliers d’années. Une fouille a mis à jour un éclat qui était enfoui à une grande profondeur et qui s’avère particulièrement intéressant car il se rattache à la technologie des microlames. Même cette maigre évidence suffit pour conclure que des gens ont occupé ce site depuis plus de 5 000 ans.

Un échantillon de pointes de lance en pierre provenant de l'ancien campement à l'est du ruisseau Fish. Ces pointes appartiennent probablement à la technologie de la tradition archaïque nordique.

Les outils liés à des occupations ultérieures étaient plus communs, dont des pointes de lance foliacées et à encoches latérales, des grattoirs, des couteaux de pierre, des coins et de larges grattoirs à peaux. Le grand nombre de grattoirs sur bout trouvés à la surface du site semble indiquer que le site était occupé par des peuples de la tradition archaïque nordique, qui avaient une forte prédilection pour ce type d’outils. La diversité des outils suggère aussi que ce site était un camp de base où les activités quotidiennes incluaient la pêche, la chasse, la fabrication ou la réparation d’outils, la préparation et le séchage du poisson et de la viande et la préparation des peaux.

Un échantillon de grattoirs sur bout en pierre provenant de l'ancien campement à l'est du ruisseau Fish. Les grattoirs sur bout faisaient partie des outils les plus courants de la tradition archaïque nordique.

Le camp principal à l’extrémité nord du lac Fish

Le plus grand site archéologique à l’extrémité du lac Fish occupe presque toute la rive nord-est et s’étale sur environ 200 m. Nous constatons à ce site trois secteurs, qui étaient probablement les lieux de campement principaux. Nous avons appelé le premier de ces secteurs, qui se trouve dans la zone qui est maintenant le terrain de camping public, l’emplacement 1-2; l’emplacement 3 est une large colline à environ 50 m à l’est du terrain de camping et l’emplacement 4 se trouve à environ 75 m à l’est de l’emplacement 3.

Le camp principal, emplacement 2, à l'extrémité nord du lac Fish. Vue à l'est du chantier de fouilles sur une petite colline.

D’après la concentration d’objets façonnés, l’emplacement 1-2 est le plus large des secteurs du camp. Au total, 9 fouilles exploratoires mesurant 1 m2 ont été effectuées au haut de la colline. Malheureusement, la couche du sol ici est très mince et l’occupation du site sur une très longue période, tant par les écureuils que par les humains, a grandement perturbé les couches du sol. Par conséquent, la profondeur d’enfouissement des objets n’est pas un bon indicateur de leur âge relatif. Des objets façonnés qui semblent être vieux de plusieurs milliers d’années, selon la technologie, ont été trouvés à la surface dans des zones où il y a eu peu de transformation des sols ou là où le creusement des écureuils a dégagé des objets enfouis. Et même si les fouilles ont révélé des traces d’anciens feux de camp, ainsi que du charbon et des os brûlés, le sol perturbé rend l’association des outils et de ces éléments très incertaine. Par conséquent, nous n’avons pas tenté d’établir directement l’âge des objets par datation au radiocarbone.

Croquis cartographique des fouilles au camp principal à l'extrémité nord du lac Fish.

Les échantillons d’objets façonnés provenant de l’emplacement 1-2 semblent indiquer que le site était occupé principalement au cours des 5 000 à 6 000 dernières années. Les microlames indiquent les occupations antérieures et les divers types de pointes de lance et de grattoirs sur bout en pierre sont représentatifs des technologies de la tradition archaïque nordique et de la période préhistorique tardive. Des traces très éphémères des occupations les plus anciennes ont été repérées sous la forme d’un fragment de lame. Il est possible que, il y a environ 7 000 ans, le niveau du lac était plus élevé qu’à présent en raison de la fonte des derniers glaciers de l’époque glaciaire. Si le niveau de l’eau était plus élevé, il se peut fort bien que les sites sur la rive nord du lac Fish aient été inondés et que les gens aient dû chercher des terrains plus élevés pour installer leurs campements.

à gauche: Échantillon de microlames provenant de divers emplacements au camp principal, à l'extrémité nord du lac Fish. à droite: Pointe de lance et fragment de pointe de la tradition archaïque nordique, du camp principal, emplacement 2, à l'extrémité nord du lac Fish.

Comme c’était le cas au campement à l’est du ruisseau Fish, les types d’outils trouvés sur ces emplacements indiquent que les gens avaient établi un campement à long terme où ils pratiquaient la chasse et la pêche ainsi que des activités domestiques telle la préparation des peaux. Il est presque certain qu’on y piégeait le spermophile à l’automne. Il semble aussi que la fabrication d’outils était une activité importante à ce site, si l’on en juge par le nombre d’outils non finis qui y ont été découverts. Généralement, cette activité est plus courante à un site où les gens disposaient à proximité d’une source de pierres qui convenaient à la fabrication de leurs outils. Comme nous le verrons plus loin dans notre discussion sur les sites du lac Fish, cela s’est avéré être le cas.

Pointes de lance provenant du camp principal, emplacements 3 et 4, à l'extrémité nord du lac Fish. La pointe à gauche a été exposée par les fouilles juste au-dessus du niveau du gravier de l'ancien lac.Les emplacements 3 et 4 du site principal étaient apparemment de plus petits camps, utilisés probablement moins souvent parce qu’ils étaient plus éloignés de la rive. Dix petites fouilles de 50 cm2 ont été effectuées à l’emplacement 3. Les artefacts dégagés ici se trouvaient presque tous juste sous la surface du sol, ce qui porte à croire que le secteur n’a été utilisé qu’au cours des 2 000 à 3 000 dernières années. De nombreux artefacts ont été en fait trouvés à la surface sur la route ou sur les pistes équestres, ce qui pourrait indiquer que le site a été le plus fréquemment utilisé au cours des quelques dernières centaines d’années. Quoi qu’il en soit, comme à l’emplacement 2, une gamme d’activités étaient déployées à ce site, y compris la fabrication d’outils.

L’emplacement 4, au coin nord-est du lac, a été presque totalement détruit lors de la construction de la route du lac Fish. Il ne reste qu’un petit «îlot» de terre non remuée, où cinq fouilles de 1 m2 ont été effectuées. La découverte d’un nombre d’artefacts, dont une large pointe lancéolée enfouie en profondeur juste au-dessus des couches de gravier, s’est avérée d’un intérêt particulier à cet emplacement. Ce gravier provient des restes d’un ancien lit de lac, datant probablement du début de la période postglaciaire. Des traces de camp se trouvant juste au-dessus du gravier suggèrent fortement que des gens avaient commencé à habiter la région du lac Fish très peu de temps après la déglaciation. Des microlames isolées ont aussi été trouvées à cet endroit, indiquant des occupations postérieures, soit il y a environ 5 000 ans. L’emplacement 4 se trouve en retrait de la rive et, point significatif pour notre reconstitution des niveaux du lac plus élevés, l’emplacement est plus élevé de 1,5 m que l’emplacement 2 et le site immédiatement à l’est du ruisseau Fish. Par conséquent, il est possible que l’emplacement 4 ait été un camp privilégié pendant la période suivant la déglaciation lorsque le niveau du lac était plus élevé qu’à présent.

Vue du lac Fish vers le nord. La pointe Fox se trouve au centre.

La pointe Fox

Collection d'éclats de rejet provenant du côté est de la pointe Fox.À la pointe Fox, nous avons documenté les vestiges d’un nombre de camps récents, y compris le camp où Mme Scarff séjournait en compagnie de sa tante Jenny Laberge, du côté nord de la pointe. Des vestiges de camp beaucoup plus anciens ont aussi été découverts du côté sud de la pointe et le long de l’ancienne plage en terrasse sur le côté est. Des outils de pierre et des éclats et fragments ont été recueillis ici à la surface du sol et à une profondeur de 10 cm dans les fouilles exploratoires. Les types d’outils trouvés à la pointe Fox et la profondeur où ils se trouvaient indiquent que les gens utilisaient ce site au moins depuis l’époque de la tradition archaïque nordique. Toutefois, ces éclats et outils de pierre n’étaient pas très nombreux, ce qui porte à croire que la pointe Fox n’a jamais été un campement majeur, mais qu’elle était utilisée comme camp de pêche à court terme pendant plusieurs siècles.

Le petit échantillon d’outils de la pointe Fox consiste en deux pointes à encoches latérales brisées (l’une est petite et pourrait être une pointe de flèche); un grattoir à peaux fait de lames de schiste taillé et un coin en pierre utilisé pour fendre le bois, l’os ou l’andouiller. Un grattoir à peaux d’orignal trouvé à l’extrémité nord de la pointe Fox, probablement là où Mme Laberge avait son camp, représente vraisemblablement l’un des derniers outils en pierre utilisés au lac Fish. On a aussi trouvé sur le site des lames et des éclats de schiste, ce qui indique que des activités de fabrication d’outils ont pris place dans le passé à la pointe Fox.

Grattoir de peaux d'orignal du campement historique sur le côté nord de la pointe Fox (à gauche) et outil non fini trouvé sur la piste du côté est de la pointe Fox (à droite).

La carrière

Vue au nord vers l'extrémité nord de la carrière. Au centre, on peut voir la pointe Fox qui s'avance dans le lac.

Éclats, fragments, débris de fabrication d'outils et percuteur jonchant la surface du sol au site de la carrière.Nous avons découvert la source de schiste gris à partir duquel la plupart des outils de pierre du lac Fish ont été fabriqués. Il s’agit de la carrière située sur une colline rocheuse, environ à mi-chemin du côté ouest du lac. Tel un atelier en désordre, le sol était jonché d’outils à demi finis, d’éclats de rejet et de plaques et de blocs de schiste brisés, extraits des affleurements exposés. Il était difficile de marcher sans piétiner les artefacts en pierre. De ce point d'observation élevé, les gens pouvaient surveiller la vallée entière du lac tout en préparant les blocs de schiste d’où ils tiraient les éclats et les pièces brutes pour leurs outils. Les ébauches d’outils et les pièces brutes étaient apportées au camp principal ou aux camps de chasse, où l’étape de finition prenait place. Les pièces qui n’étaient pas bien formées ou qui se brisaient pendant la taille étaient simplement jetées au sol. En raison de l’environnement alpin, la couche du sol en surface est mince et des outils à demi finis jonchent encore la surface là où ils ont été abandonnés il y a des milliers d’années. Nous déplaçant de buttes en buttes, nous avons pu relever des dizaines de petits ateliers tout autour du site principal de la carrière. Et, en montant plus haut sur la colline, nous avons trouvé des traces d’extraction de la pierre et de fabrication d’outils même aux points les plus élevés, à plus de 300 m au-dessus du lac Fish.

à gauche: Échantillon de lames et d'outils trouvés à la carrière et liés à la technologie des lames. à droite: Outils non finis et rejetés au site de la carrière. Certains étaient peut-être des ébauches de pointes de lame ou étaient préparés pour devenir de grands couteaux en pierre.La découverte d’une telle carrière nous a fourni l’occasion unique d’étudier les premiers stades de la fabrication d’outils de pierre. Ce site est particulièrement important en raison de la présence de nombreuses lames et des nucleus de lames en pierre. Ces types d’outils, qu’on trouve rarement dans le sud du Yukon, reflètent une technologie utilisée par les premiers habitants de la région du lac Fish à la fin de la période glaciaire. Lorsque ces gens sont arrivés, le paysage devait être très différent de qu’il est aujourd'hui. Le lac Fish et les lacs Bonneville ne formaient probablement qu’un seul grand lac glaciaire et le bison et le caribou parcouraient la toundra alpine. Des outils fabriqués par des habitants ultérieurs ont aussi été trouvés à la carrière, ce qui indique que le site fut utilisé des siècles durant.

Le site des lacs Bonneville

Vue au sud de la ligne de partage entre le lac Fish (à gauche) et le principal lac Bonneville (à droite). Un ancien sentier pédestre traverse le col entre les deux lacs.

L’extrémité nord du principal lac Bonneville consiste en une vaste aire de dunes sableuses et, comme à la carrière, des traces de nombre de siècles d’occupation humaine peuvent encore être observées à la surface du sol. Des outils et des éclats de pierre, vestiges d’anciens camps, sont parsemés dans des creux de déflation des deux côtés du ruisseau qui relie le premier lac Bonneville au deuxième lac au nord. On a trouvé ici quelques-uns des plus anciens outils de la préhistoire du Yukon, des lames et des burins, ainsi que des exemples de la technologie ultérieure, y compris des microlames, des pointes à encoches et des grattoirs. Les types d’outils mêmes évoquent un camp où les gens retournaient saison après saison, à l’automne pour la chasse et très probablement au printemps pour la saison de frai de l’ombre arctique, comme les gens le faisaient durant les temps historiques. Nous avons aussi constaté aux lacs Bonneville, encore plus qu’à tout autre site dans la région du lac Fish, l’utilisation d’une vaste gamme de matériaux pierreux pour la fabrication d’outils. En plus du schiste local, le silex noir, la calcédoine, le quartzite et l’obsidienne étaient utilisés pour la fabrication d’outils. Bien qu’il soit possible que certains des silex noirs et gris proviennent de la chaîne Côtière, l’obsidienne et la calcédoine étaient très probablement reçues en troc des peuples voisins qui avaient accès à ces types de pierre dans les monts St-Élie. Encore une fois, on constate que les modèles traditionnels reculent très loin dans l’histoire : le troc ancestral que pratiquaient les peuples Champagne et Aishihik et les Kwanlin Dun semble être une coutume vieille de nombreux siècles.

à gauche: Un échantillon de pointes de lance du site du lac Bonneville. La grande pointe à gauche porte des traces de sang, qui s'est avéré être du sang de caribou et de lièvre. à droite: Burin d'angle sur éclat de silex gris provenant du site du lac Bonneville.

La place du lac Fish dans l’histoire du sud du Yukon

le lac Fish

La prospection archéologique et les fouilles préliminaires effectuées dans la région du lac Fish en 1993 offrent un aperçu de la longue histoire de la région. Les récits des aînés kwanlin dun décrivent des déplacements saisonniers selon les périodes de chasse et de pêche sur le lac. Ces déplacements reculent dans un passé lointain, jusqu’au temps où la terre émergeait à peine des nappes de glace : les sites indiqués par les aînés comme étant leurs camps traditionnels sont les mêmes sites occupés par leurs ancêtres pendant des milliers d’années.

La présence d’une assise rocheuse en schiste dans la région entourant le lac Fish fournit aussi l’occasion d’étudier des questions liées aux anciennes traditions de fabrication d’outils de pierre parmi les anciens habitants du lac Fish. Pour reconstituer les événements d’un passé très lointain, nous n’avons presque pour toute évidence que la façon dont les gens fabriquaient et utilisaient leurs outils de pierre. La diversité des outils provenant des sites du lac Fish nous permet d’établir des liens entre les peuples du lac Fish et ceux de la région du lac Annie, de Kluane, de Champagne et même d’autres régions encore plus éloignées. Même les types des pierres utilisées pour fabriquer les outils peuvent révéler les anciens réseaux de troc et l’itinéraire des déplacements.

L’archéologie du lac Fish nous rappelle que la longue histoire des Premières nations du Yukon est intimement liée à la géographie du territoire, comme en témoignent les vestiges trouvés sur place. Il ne faudra jamais oublier que ces terres, qui nous semblent vierges et isolées, ont été depuis des milliers d’années la patrie des Autochtones du Yukon.

Le lac Fish et la Première nation Kwanlin Dun aujourd'hui

Avec beaucoup d'attention, Azalea Joe dégage avec sa truelle de nouvelles traces de campements anciens au lac Fish.«Les projets archéologiques comme celui du lac Fish sont indispensables à la préservation et à la protection de notre patrimoine. Une grande partie de notre histoire a été ignorée. Le projet a représenté pour nous une chance d’explorer une région qui nous était fondamentale, une source vitale des produits de la chasse et de la pêche pour la Première nation Kwanlin Dun», a confié la chef Lena Johns.

La chef Johns a aussi fait remarquer que les aires patrimoniales qui se trouvent à proximité de Whitehorse, comme le lac Fish, sont particulièrement vulnérables au spectre du développement et elle a souligné l’importance qu’il faut accorder à documenter l’histoire des Premières nations avant qu’elle ne soit perdue à jamais.